Les blessures invisibles de notre enfance :


« Je ne peux pas dire que mon enfance était malheureuse. Alors pourquoi est-ce que je souffre quand même? »
Dans mon travail, je rencontre souvent des personnes qui me disent : « j’ai eu une enfance heureuse » ou « mes parents m’aimaient. ». Ou encore, « je n’ai pas vraiment vécu de trauma. ».
Les personnes qui consultent ne viennent pas toujours avec un gros bagage comme on le pense parfois. Or, ces mêmes personnes me disent qu’elles ne comprennent pas pourquoi elles souffrent quand même. Certains ont même une excellente relation avec leurs familles à l’âge adulte.
Pourtant elles rapportent quand même une faible estime, de la difficulté dans leurs relations et de l’anxiété diffusent. Elles ne savent pas toujours ce qu’elles ressentent ou ce dont elles ont besoin.
C’est là que j’aime parler de ces blessures émotionnelles subtiles, souvent invisibles mais lorsque répétées laissent des empreintes et nous conduit à adopter des croyances erronées et nous développer un peu à côté de notre vraie moi.
Ce qui nous a blessés n'est donc pas seulement ce qui nous est arrivé sous la forme d'un grand traumatisme. C'est aussi ce qui n'a pas eu lieu. Ce qui n'a pas suffisamment été transmis, accompagné ou encouragé pour nous permettre de développer une relation solide avec nous-mêmes.
Et lorsque ces repères manquent, l'enfant apprend à plus s'adapter à son environnement qu’à lui-même. Il apprend à fonctionner en se protégeant, à répondre aux attentes et à essayer de trouver sa place.
Comme si on s’est construite en mode survie uniquement, mais que le manuel du bien-être a manqué.
Je me demande parfois si nous n’avons pas appris collectivement à très bien survivre, sans nécessairement apprendre à vivre. Et ça ce n’est pas un problème juste individuel mais aussi sociétal car nous avons renforcé des apprentissages qui valorisent la performance, l'adaptation, l'obéissance, le contrôle et le fonctionnement…et cela au détriment de la connaissance de soi.
Donc, ce qui a manqué n’est pas nécessairement spectaculaire.
Il se trouve dans la subtilité, dans nos interactions parentales non-soutenantes, dans des appris collectifs qui nous jugent et nous obligent à porter des masques.
Par exemple;
Un parent qui t’aimait, mais qui n’a pas su voir qui tu étais profondément, au-delà de ce qu’il espérait que tu sois.
Une présence émotionnelle réelle venant du cœur et non de la tête.
Tes émotions qui étaient minimisées, ignorées ou rapidement « réglées ».
Quelqu’un qui ne s’intéresse pas réellement à ce que tu ressens, qui a peur de ce que tu ressens.
Ton prof qui ne t’a pas aidé à découvrir qui tu es, mais t’as appris à obéir et « bien fonctionner ».
T’a-t-on appris à être en harmonie avec ta vraie nature et avec la vie? À écouter ton intuition autant que ton mental? À être souverain et créateur de ta vie? À connaître, comprendre et naviguer ton monde intérieur? À reconnaître que tes émotions et tes pensées sont au cœur de ton bien-être?
On peut donc avoir été aimé oui, mais avoir aussi manqué de quelque chose.
On peut avoir eu de bons parents et avoir développé des stratégies d'adaptation qui ne nous servent plus aujourd'hui.
On peut avoir une bonne relation avec sa famille et porter malgré tout des blessures relationnelles.
Ce n’est pas un grand traumatisme. Mais non. Mais assez pour amener une souffrance intérieure et une perte de connexion avec soi et dans notre lien aux autres.
Ce sont des micro-traumas qui, prises séparément, semblent insignifiantes. Mais qui, répétées pendant des années, peuvent influencer profondément notre manière d’être avec nous-même, notre connaissance de soi et infuser nos relations de peur, de doute et de manque d’amour.
On peut donc avoir appris à bien fonctionner sans avoir appris à être pleinement soi, sans avoir reçu certains repères essentiels pour apprendre à se connaître et à se développer.
On peut être performant, autonome, responsable, adapté… et pourtant ne pas savoir ce que l'on ressent, ce dont on a besoin, ce qui nous fait réellement vibrer, se sentir « connecté » à soi et à la vie.
Parce que survivre demande de s’adapter à son environnement. Vivre demande de découvrir qui l’on est.
Et parfois, le travail n’est pas de réparer quelque chose qui serait « brisé » en nous.
C’est de retrouver ce qui n’a jamais eu suffisamment d’espace pour se développer.
Neriman Gokcen, D.psy.



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